Description
Description par l'artiste
La lune, rousse, nimbée d’un halo rougeoyant, illuminait un ciel ténébreux.
Au loin, de sombres colonnes de fumée voilaient les villages qui brûlaient.
Champs, routes et chemins grouillaient de silhouettes humaines et animales, elles accouraient vers moi.
Leurs cris s’élevaient, plus brûlants, plus bruyants que le crépitement des flammes.
Impassible, immense et immobile, j’attendais.
Ils m’ont assaillie, ont violement ouvert les battants de mon portail avant de se précipiter en moi. Hommes, femmes, Enfants, vieillards, croyants, incroyants, tous si intimement mêlés qu’ils ne formaient plus qu’une informe masse effrayée.
A leur contact, la peur qui les habitait s’est lentement infiltrée jusqu’au plus profond de mes pierres.
Je les ai reçu en mon coeur, protecteur, du narthex à l’abside, je dégorgeais d’êtres effarés si entassés que certains étaient juchés sur chacun de mes chapiteaux et frontons assez larges pour les recevoir.
Mes lourdes portes se sont difficilement refermées sur ceux qui ne pouvaient entrer. La horde des refoulés s’est ruée sur mes gonds. Ceux de l’intérieur, adossés aux battants, en interdisaient l’accès.
Les exclus, condamnés à se résigner, se sont installés sur les marches de mon parvis.
Prières, pleurs et incantations se sont rejoints en une harmonieuse et bouleversante complainte qui s’est élevée vers la voûte céleste. L’espace d’un instant, j’ai senti la nuit trembler.
La mort qui les poursuivait ne les a pas épargnés.
Alors, j’ai vu le visage de la terreur, j’ai entendu les chants des agonies, j’ai senti l’odeur du trépas, j’ai vu le sol rougir.
Ma façade, mon chevet et mes flancs ont été labourés par les ongles des Hommes désespérés qui, dans un effort dérisoire, ont tenté de fuir leur funeste destin.
Ces mêmes mains m’avaient, en d’autres temps, façonnée.
Les râles ne s’étaient pas affaiblis, cadavres et agonisants gisaient entassés en charniers, quand les torches enflammées se sont abattues sur eux, l’odeur de chair brûlée a empuanti la nuit.
Le feu m’a rapidement embrasée, sous l’effet de la chaleur, mes vitraux ont éclatés, mon portail calciné a cédé.
Aveuglée par une épaisse fumée, assourdie par les hurlements qui fusaient de mon ventre de pierre, léchée par des flammes ardentes, j’ai vacillé.
Mes cloches violement sollicitées ont émis une longue et lugubre plainte.
A l’aube elles vibraient encore, entraînées par le ballant des corps accrochés à leurs cordes.
Le jour s’est levé sur une terre écoeurée, jonchée de dépouilles mutilées, habituelle signature de l’horreur.
Le temps est passé, les prières ont effacé les cris, les chants et les fêtes ont endormis les mémoires, mais les nuits maudites ont le sommeil léger.
Au cours des siècles, les carnages se sont succédés, le sang a trop souvent coulé, parfois même, avant d’avoir pu sécher.
Mon architecture, sans cesse remodelée au gré des croyances et des goûts des vainqueurs, s’est successivement enrichie ou déparée.
Gardienne de l’Histoire et de ses ombres, je suis restée debout, la tête levée vers des Cieux où les Dieux, auxquels je suis dédiée, ne savent pas à quoi se vouer.
05-07-2009
Commentaires
Inscrit le : 18/11/2011
Commentaires : 233
Constructif à 100 %
Inscrit le : 25/12/2009
Commentaires : 438
Constructif à 72.07 %
Inscrit le : 01/06/2009
Commentaires : 36
Constructif à 63.64 %
Merci pour votre commentaire sur mes portraits........je suis très touchée!
A bientôt!
Inscrit le : 02/06/2009
Commentaires : 27
Constructif à 77.78 %
Inscrit le : 19/06/2009
Commentaires : 3
Constructif à 100 %
Inscrit le : 01/07/2009
Commentaires : 16
Constructif à 100 %
Le message passe également. Quelle absurdité que ces tueries au nom de dieu.
Bravo !!
L'Artiste
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