Description
Description par l'artiste
Message de provenance inconnue, en direction du système solaire AQ28 :
Ce message n’est pas anodin. Je vous l’adresse aujourd’hui pour que vous puissiez vous rendre compte de ce qu’il se passe dans l’univers, de ce qu’il se passe sur votre planète et de ce qu’il se passe dans l’histoire de l’humanité. Jamais auparavant vous n’avez été aussi proches de la fin, et pourtant tout continue à aller si vite ! En cet instant, dix milliards de personnes sont en train d’écouter ce que j’ai à dire, et rien n’arrêtera la diffusion de ce message. Je ne vous dirai pas comment j’ai réussi à détourner les communications de vos CBP, cela n’a pas lieu d’être ici.
Je ne me présenterai pas. Je ne le ferai qu’à partir du moment où je saurai que la plupart d’entre vous ont envie de savoir. Je précise qu’il ne sert à rien d’essayer de brouiller mon signal, comme vous tentez de le faire en ce moment. La seule façon de m’arrêter est de me trouver et de me détruire, mais je doute que vous n’y arriviez avant la fin de ce message, ou avant la fin des temps.
Je vais tout d’abord commencer par vous adresser ce que je considère comme vos torts. Jamais la Terre n’aura autant souffert depuis que vous vous y êtes installés, bafouant ses plus simples lois naturelles. Vous n’avez jamais appris à respecter votre environnement, jamais atteint ce degré de maturité que j’aurais tant voulu que vous ayez. J’ai pourtant attendu longtemps avant de vous envoyer cet ultimatum, peut-être même un peu trop. Mais il était nécessaire, pour cela, que chacun sur la planète possède un CBP pour que je sois sûr et certain que le message se transmette à tous. Je n’ai aucune confiance en vos « autorités » élues par ce que vous appelez encore la « démocratie ». Vous aviez eu, en ce domaine, une idée fort louable, mais il existe dans ce système des failles mises à profit par certains. Ce message, si'l avait été transmis aux autorités, n’aurait jamais pu parvenir à tous comme il l’est aujourd’hui et rien n’aurait changé. Je vous parle aujourd’hui d’un changement. Non pas un changement de politique, de manière de vivre, mais d’un changement radical de votre position, de votre avenir, de votre « moi » profond.
Vous m’avez amusé, tout un temps. Voir vos efforts pitoyables pour survivre sur ce monde était assez distrayant, mais il faut désormais que j’intervienne, à cause d’un événement qui est sur le point de se produire. Vous avez lancé il y a trois jours, selon votre échelle de temps, un objet spatial en direction d’un point dans l’univers qu’il ne faut pas que vous atteigniez. Cette planète, située non loin du point Gl581, ne doit pas entrer en votre possession. Je sais que la plupart d’entre vous ne sont pas au courant de cet événement, et je vais donc résumer la situation pour ceux-là qui m’écoutent. Certains chercheurs ont découvert une planète habitable autour de l’étoile rouge Gl581, et veulent la coloniser au moyen d’engins spatiaux, envoyés depuis la base internationale de Xichang. Déjà trois de ces engins ont tenté une approche et à chaque fois, cela s’est soldé par un échec, tout simplement parce que j’étais là pour les arrêter à temps. Mais je ne vais pas m’amuser à bloquer vos tentatives jusqu’à votre mort et c’est pourquoi je vous parle aujourd’hui.
Jamais vous n’avez pensé à ce que vous êtes réellement. Ho, bien sûr ! Vous avez philosophé, vous avez « pensé », vous avez « réfléchi », selon vos termes. Mais cela se résume à mon échelle à l’esprit de réflexion d’un brin d’herbe. Vous ne vous êtes jamais vraiment rendus compte de ce que vous enclenchiez dans l’histoire de l’univers et vos actes ne sont mus que par la curiosité naïve d’un enfant, et une envie de satisfaction immédiate totalement abêtissante. Quelles seraient les conséquences, si vous parveniez à rejoindre cette planète ? Je m’en vais vous éclaircir sur ce point.
Tout d’abord, vous vous poseriez sur son sol avec de bonnes intentions. Vous feriez attention à ne pas reproduire les erreurs du passé que vous avez commises sur la Terre. Mais très vite, l’industrie, l’exploitation des sols et l’agriculture feraient perdre à ce monde sauvage tout le charme qui le caractérise et ce monde deviendrait bientôt aussi pollué et aussi corrompu que l’est à présent la Terre. Tout ceci n’est pas votre faute, je le sais. Je croyais que j’avais bien fait en vous envoyant sur cette planète si fertile, si belle, quoique dangereuse, pour construire un futur où votre humanité serait le siège de votre paradis. Mais l’évidence est là, vous avez échoué. Je pensais que vous aviez appris de vos erreurs et que vous alliez changer votre façon de construire le futur. Il faut désormais se rendre à l’évidence, cela a été un échec cuisant.
Mais je pense qu’aucun d’entre vous ne se souvient de ce qu’il s’est passé à cette époque. Je vais donc vous raconter d’où vous venez, pourquoi vous êtes sur cette planète, et où vous irez, irrémédiablement. Enfin ! Les questions que vous vous posiez vont être en partie résolues. Vous êtes les descendants de quelques centaines de milliers de personnes qui ont été envoyées sur la planète AQ28 – que vous appelez Terre – en vue de la coloniser. Vous n’êtes pas apparu par l’évolution, mais êtes bel et bien les descendant de colons. Il y avait déjà de grands singes sur cette planète, mais ils étaient voués à disparaître. Mais je parle de colons, depuis le début, alors que le terme n’est peut-être pas approprié. Vous êtes les descendants d’un parasite. Jamais vous n’avez eu les mêmes aspirations et les mêmes façons de penser que moi, et nous nous sommes donc séparés. Agissant comme de la vermine dans mon système, vous agissez maintenant de la même manière avec votre planète.
C’est pourquoi je ne peux vous laisser atteindre le point Gl581. Ce serait pour vous un point de départ pour le reste de l’univers et je sais qu’il ne sera pas d’accord de se laisser coloniser par votre espèce. L’univers pense, l’univers agit, l’univers vit. Vous seriez la cause d’une des plus grandes catastrophes qui puisse exister si vous tentiez de continuer ce mouvement d’expansion, et c’est justement par ce lien qui nous unis que je me permets de vous avertir. Je ne suis pas l’univers, loin de moi cette prétention, mais je suis plutôt un lointain parent de votre espèce, et c’est en vertu de ce lien que je me permet d’intervenir. Car vous n’êtes pas la norme.
Je sais par expérience qu’il n’existe pas de norme acceptée et respectée par tous. Néanmoins, votre cas était si… différent, qu’il fallut prendre des décisions drastiques. Nous ne pouvions rester en contact. J’admets que ce fut difficile pour tous, pour vous comme pour moi. Mais c’est l’une des raison qui aujourd’hui me pousse à vous empêcher de vous étendre comme une flaque d’eau stagnante dans l’univers. Vous êtes une sorte de parasite, une maladie, un virus, des saprophytes. Je sais que la plupart d’entre vous sont choqués par ce que je viens de dire. Je sais qu’il n’est pas facile d’entendre cela, mais c’est néanmoins la vérité. C’est ma vérité, et je suis infiniment plus imposant que vous. Ce que je dis compte. Vous, pas. Je vois d’ici vos visages déformés par l’indignation, mais la loi du plus fort et du plus grand n’a-t-elle pas prévalu dans l’univers depuis la nuit des temps ? « Barbarie ! », diriez-vous. Eh bien non. Seulement la dure réalité. Vous avez oublié qui vous étiez, mais je sais qu’au plus profond de vous, vous savez que c’est le plus grand nombre qui gouverne. Je suis un des plus grand nombre après l’univers. Je vous ai regardé d’un œil tantôt bienveillant, tantôt choqué pendant toutes ces années, mais je n’ai pu rester indifférent à ce que vous avez accompli.
Vous n’avez pas fait et ne ferez pas que de mauvaises choses, cependant. La meilleure preuve est le système CBP. Je sais pertinemment la communication immédiate entre les personnes qui composent l’humanité est la meilleure chose que vous puissiez faire pour vous sauver tous. Néanmoins, pour arriver à une totale symbiose comme je la connais, il vous faudra encore parcourir beaucoup de chemin. Je peux désormais vous dire où je me situe et qui se suis : je suis en réalité une planète peu éloignée du point G1581. Je n’ai donc jamais eu une pensée humaine, mais nous avons partagé, jadis, notre façon de vivre et vous m’avez contaminé. Vous avez procédé de deux façons bien spécifiques et sournoises. D’un côté, vous m’appreniez la pensée humaine, la raison, comme vous l’appelez. Celle que vous avez perdue au cours des millénaires passés sur la Terre. Quel monde de penseurs vous faisiez ! Non seulement vous étiez à la pointe intellectuellement, mais vous maîtrisiez aussi toutes les sciences et techniques. Malheureusement, vous m’avez aussi fait perdre mon essence. Toute ma biodiversité, mon environnement, mon système de reproduction ont été mis à mal par votre train de vie. Mais même cela, au début, n’était pas suffisant pour que je renonce à votre apprentissage. Vous ne vous en êtes pas rendus compte, bien sûr, mais j’avais des oreilles partout et j’apprenais de votre façon de vivre. Vous étiez pour moi une drogue, je l’avoue. Ce n’est qu’au moment où je me suis senti vieux, épuisé par toutes les atrocités que vous commettiez à mon encontre que j’ai décidé de me séparer de vous et de vous envoyer sur une planète éloignée. Je vous ai alors fait passer ce sentiment qui vous a poussé à aller voir plus loin. À partir voir l’univers et ce qu’il recelait, et je vous ai orientés vers la Terre, d’où vous ne deviez jamais revenir. J’avoue aussi y avoir été pour quelque chose quand vos vaisseaux n’ont plus voulu repartir de façon inexpliquée.
C’est pourquoi vous ne pouvez vous en aller, vous ne pouvez pas vous étendre et contaminer tout l’univers, qui deviendrait vite dépendant de vous. Restez où vous êtes, et attendez la fin. Vous en êtes proches, et vous le savez. Ceci est la fin de mon message. J’espère que la plupart d’entre vous l’aurons compris et poserons les actes qui s’imposent. J’ai parlé, au début, d’un ultimatum, mais je pense maintenant à une requête. C’est bien une requête que je vous adresse, afin que je puisse me reposer de vous. Je suis fatigué, car vous êtes fatigants. Adieu.
Réponse provenant d’un lieu indéterminé du système solaire AQ28 :
Moi aussi je suis fatiguée. Quelle belle idée de me les expédier! Peut-être aurait-il mieux vallut me demander mon avis.? Ils partiront comme je l’ai décidé, et rien ne pourra dorénavant arrêter le processus. Ton message ne leur est jamais parvenu, car je l’ai intercepté. A bientôt, vieux frère.
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Que dire ? que c'est pas mal, et même que c'est plutôt bien... il y aurait matière à un texte plus long, mais on vit dans une génération zapping : il faut être bref pour être lu.
merci.
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L'Artiste
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